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La foi perdue


Une des conséquences les plus dramatiques de la descente dans le matérialisme a été la perte du sens du sacré au profit de l'esprit profane. La foi en Dieu ou dans les dieux est perdue.


En réalité, cela ne date pas de notre ère car l'irrésistible avancée de l'athéisme, avec son insistance sur les aspects matériels de l'existence, aurait commencé à s'étendre en parallèle avec la doctrine bouddhique, il y a 2500 ans. Certes, le Bouddha fut un agent cosmique chargé d'annoncer et d'accompagner une nouvelle phase de la chute dans la matière, mais jamais il n'a enseigné l'athéisme et le mépris à l'égard des dieux immortels. Cependant, sa doctrine du détachement suprême, si elle n'est plus intégrée dans un cadre religieux mais seulement dans un monde de pensée rationnel, devient une philosophie froide, capable de se développer indépendamment du sens religieux et sacré.


Aujourd'hui, un certain bouddhisme est adapté au matérialisme et aux exigences de la culture athée. Dans une de ses proclamations de foi moderniste, le Dalaï Lama a déclaré : « si la science me démontre que j'ai tort de croire dans la réincarnation, je croirai dans la science ». Depuis Vatican II, l'église romaine a multiplié les actes d'allégeance à la raison matérialiste, en déformant ses dogmes pour en faire des caricatures adaptées au mythe du progrès. Ce travail de démolition avait été initialisé par les jésuites avec leur culte de la matière. (« mon Christ de la matière ! » s'exclame le Père Teilhard de Chardin dans son apologie de l'univers physique, poussant ainsi l'Eglise vers un gouffre de décadence où son pontife devrait finir par se justifier sur des questions de société, aussi scabreuses et indignes que l'usage du préservatif).


La seconde marche dans la descente dans l'oubli du sacré qui était le fondement des civilisations antiques a été atteinte avec le monothéisme judéo-chrétien qui, après avoir désertifié le ciel en expulsant les dieux anciens, a imposé une croyance unique de nature sentimentale et, par conséquent, impuissante à résister aux attaques de la raison pratique.
Lorsque la foi dans le dieu unique tombe, que reste-t-il, alors que toute autre référence a été supprimée ? Il ne reste que la foi dans le monde, quand bien même celle-ci tenterait de remplacer le sacré par des idéologies prônant l' espérance dans le meilleur des mondes.


La « transcendance laïque », l'idéologie de la Franc-maçonnerie matérialiste, s'est substituée à la transcendance divine.


On peut toujours essayer de sacraliser la vie sociale avec de généreux principes humanistes, mais le sacré qui se manifestait par le culte rendu aux dieux immortels est absent. Jugée réactionnaire, la foi traditionnelle est même prohibée - dérive intégriste - au profit du culte de Mammon et de l'Internationale qui sera le genre inhumain.


Alors, pour compenser cette absence de sacralisation dans une société profane et profanatrice, les confréries occultes qui ont le contrôle de la civilisation, ont mis en scène le culte des célébrités, obligeant le chef de la religion catholique lui-même à se produire sur la piste médiatique comme un amuseur de la télé.


On a beaucoup entendu Jean-Paul II parler de l'homme et du monde, mais ce fut au détriment du Christ et de la vie intérieure.


En parallèle avec la célébration des idoles à la mode, les confréries occultes ont inventé un succédané de religion extrêmement séduisant pour les êtres noyés dans le matérialisme : c'est le nouvel âge où chacun peut croire ce qu'il veut, en s'imaginant être relié à des entités spirituelles - des « guides » - spécialement préoccupés de notre sort et de nos misérables problèmes. En fait de guides lumineux, des hordes d'esprit inférieurs de l'au-delà ont été lâchés comme une meute affamée sur les adeptes de ce nouveau spiritisme qu'est lenew age. Définitivement, il faut savoir que les pseudo-maîtres ascensionnés ne sont pas des dieux. Ce sont, au mieux, des initiés rétrogrades issus d'anciennes dispensations religieuses, cherchant à capter des dévôts pour maintenir leur statut dans l'au-delà.


De plus, les adeptes du nouvel âge sacralisent facilement n'importe quelle pratique de santé et de bien-être hédoniste, lorsqu'ils n'élèvent pas un régime alimentaire - cru ou végan - (http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9ganisme)au rang d'une religion capable de leur octroyer le salut. Nous sommes ici dans la décadence du matérialisme spirituel où d'innombrables êtres tombent par absence de repères.


Celui qui n'a lu que les messages de channels sur Internet, ou écouté des contes de fée spiritualistes, est dans une mauvaise posture pour comprendre la nature des forces en présence dans le monde invisible. Il devrait s'informer aux sources ésotériques traditionnelles, ce dont il s'abstient généralement par ignorance ou paresse - mais il est vrai que les références authentiques sont aujourd'hui masquées par la surdésinformation de l'Internet.


Enfin il faut rappeler que la mode des extraterrestres a pris un caractère religieux, comme si des êtres venus d'ailleurs, des créatures à notre mesure, devaient être adulés comme des divinités. Il n'y a donc plus de sens du sacré, mais des copies frauduleuses. A travers les courants du matérialisme spirituel contemporain, il se révèle une absence de respect et de foi envers les dieux antiques autant que pour les divinités des panthéons religieux plus récents.


Le matérialiste moyen comme le consommateur du nouvel âge qui voudrait encore croire à quelque chose de surnaturel, n'éprouve aucun respect envers les puissances supérieures.


La foi est morte.


A la limite on admet que la répétition d'une formule en sanskrit ou qu'une prière pourraient conduire à un état psychique particulier, mais là encore, il s'agit d'obtenir un gain.


Or, si le sentiment religieux sincère fait défaut, c'est en vain qu'on pratique une technique dite spirituelle, qu'on se contorsionne sur un tapis de yoga ou que l'on médite devant un mur vide.


Il s'agit au mieux de disciplines ascétiques détournées en méthodes thérapeutiques, et qui ont conservé une aura de sacré grâce à leur enracinement dans une doctrine traditionnelle dont le sens profond échappe à celui qui s'y adonne.


Pour retrouver le sens du sacré, il faut d'abord constater qu'on l'a perdu, sans s'imaginer que les amusements du nouvel âge peuvent en tenir lieu.
Le premier point à admettre, si nous nous croyons encore capables de ressentir un sentiment de foi authentique, sincère et désintéressé, c'est de reconnaître que le matérialisme - le souci pour le terre-à-terre - est notre préoccupation constante, en dépit de notre désir d'élévation qui se confond avec la recherche du bien-être.


Or, la vie spirituelle n'est pas la recherche du bonheur quoiqu'elle puisse parfois nous en faire ressentir le parfum pour nous encourager à avancer.


La foi véritable provient d'un profond sentiment d'abandon lorsque le coeur pleure en éprouvant la nostalgie d'un indicible paradis perdu.


Lorsqu'un être éprouve l'absence de la présence du divin dans sa vie intérieure, et qu'il en ressent de l'affliction, réalisant que son existence présente va s'anéantir dans la mort, il est déjà sur la voie de la religion véritable.


Ce sentiment de vide intérieur n'est pas lié à une frustration matérielle ou affective. Cet état se manifeste lorsque l'ego réalise qu'il est perdu, et qu'il doit renouer de toute urgence avec le fil de sa destinée éternelle. C'est la foi.


Il n'y a aucune croyance spéciale dans ce processus intime. Pour que le lien de la foi s'affermisse et que l'être trouve un havre pour préserver sa flamme intérieure des tempêtes de la vie mondaine et de ses propres faiblesses, il doit se mettre en quête de compagnons d'âme.


C'est par la reconnaissance d'une famille d'esprit que commence la démarche religieuse active, alors qu'avant cette découverte, l'être isolé demeure un profane.


Le sacré ne peut se vivre seul. Le sacré est une participation communautaire qui commence lorsque quelques âmes orientées vers la libération spirituelle sont réunies dans un cadre approprié.


Sur la base de la foi fondamentale telle que nous l'avons définie, la vie spirituelle authentique s'inscrit dans la durée par un engagement, marqué par un rite d'introduction dans une communauté d'âmes en résonance avec notre aspiration essentielle.


Depuis la décadence des religions traditionnelles qui ne peuvent plus prétendre offrir aux laïcs un cadre pour travailler à leur perfectionnement intérieur, les chercheurs spirituels se sont mis en quête de structures initiatiques alternatives.


C'est un parcours du combattant où beaucoup errent d'un groupe au nom prestigieux à un autre tout aussi bidon.


Là encore, on découvre que ces centres initiatiques sont des auberges espagnoles où chacun peut satisfaire sa quête individuelle pour obtenir des pouvoirs psychiques ou des connaissances.


La foi y est souvent réduite à un culte des hirérarchies angéliques, sous la forme d'une pratique de l'occultisme cabalistique - nommée « magie blanche » ou théurgie.


Or, il faut rappeler que les anges ne sont pas aptes à sauver les âmes, et que ceux qui se présentent lors des invocations magiques ou des cérémonies religieuses, appartiennent aux basses hiérarchies.


C'est toujours cette catégorie d'êtres invisibles inférieurs, les plus proches de l'état de conscience des opérateurs des rites, qui est invoquée lors des séances de magie.


C'est pourquoi, les instructeurs gnostiques ont déconseillé d'entretenir un lien avec ces dimensions spirituelles car un démon peut facilement se présenter sous l'identité d'un archange ou d'un dieu.


La recherche d'une structure initiatique n'est donc pas aisée. Si l'on en croit René Guénon ou Julius Evola, qui ont étudié les courants spirituels dans la première partie du Xxème siècle, il n'y aurait plus en occident de cadre initiatique opérationnel.


On ne trouve que des structures contre-initiatiques, arborant des titres traditionnels prestigieux, comme la trop célèbre organisation AMORC qui se prétend « Ancien et Mystique Ordre de la Rose Croix » sans même disposer des moindres éléments initiatiques et doctrinaux propres à la véritable Rose-Croix occidentale.


De nombreux chercheurs ont erré dans ces structures pseudo-traditionnelles et y ont laissé des plumes et beaucoup d'illusions. Il faut évoquer également la franc-maçonnerie, enjésuitée et judaïsée qui n'a plus de caractère initiatique authentique depuis au moins trois siècles.



Alors, dépité et dégoûté des orthodoxies occidentales décadentes en cet âge noir, le chercheur de vérité s'est tourné vers l'orient, avant de s'apercevoir, s'il est lucide, que les gourous hindous qui se présentent sur le marché de la spiritualité avec des publicités alléchantes, n'ont guère plus à lui apprendre - et peut-être moins ? - que le curé de la paroisse de sa jeunesse.
L'exotisme fait illusion pendant un temps, mais la rengaine finit par être lassante.


En évoquant l'Inde, il y a toutefois un élément en faveur de l'Hindouisme - aussi impénétrable que soit cette doctrine dans ses aspects ésotériques - c'est son respect pour les dieux dont les noms trouveront encore un écho dans les temples de l'Inde, alors que le nom du Christ sera oublié.
Nous qui vivons dans une Europe athée, où les religions sont prostituées à l'ordre mondial, et où les structures initiatiques sont contrôlées par des confréries occultes et politiques, comment trouver une communauté spirituelle ?


Pascal disait que la foi vient en priant. Mais quelle divinité peut-on encore invoquer sans risquer de se faire manger par un vieil égrégore vorace ?

source: Joël Labruyère
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